QUAND LES RUES ÉTAIENT PAVÉES EN BOIS : L'USINE MUNICIPALE DE JAVEL 

 

François de Béru (Bulletin n° 47)

C’est en 1886 que fut créée  l’usine municipale de pavés de bois de Javel, sur un terrain de trois hectares occupé par un dépôt de pavés situé entre le quai de Javel et les rues des Cévennes, Gutenberg et Cauchy. Elle répondait au succès croissant de ce mode de pavage par rapport à ses concurrents : l’asphalte, le macadam et les pavés de pierre.
Les principaux atouts du bois étaient d’amortir le bruit des fiacres et de réduire les cahots par une certaine élasticité, mais son principal défaut était de provoquer, en cas de pluie, les glissades des chevaux et des bicyclettes. En outre, il était d’un entretien particulièrement contraignant et coûteux : nombreux arrosages des chaussées l’été, et sablage répété l’hiver. Néanmoins le pavage en bois se développa régulièrement jusqu’en 1923, dans des artères aussi fréquentées que les Grands boulevards ou l’avenue des Champs-Elysées, jusqu’à couvrir le quart des chaussées parisiennes. 
A son apogée, avant la Première guerre mondiale, l’usine de Javel employait cent soixante-dix ouvriers. Les billes de bois, généralement en pin des Landes, arrivaient par voie ferrée (gare de Grenelle-Ceinture) ou par voie fluviale. La fabrication des pavés donnait lieu à diverses opérations, principalement le sciage et le corroyage des planches, la découpe et le créosotage des pavés L’usine fonctionnait exclusivement grâce à la force motrice produite par les résidus de sa propre fabrication (sciures).
Cette activité fut progressivement abandonnée, lorsqu’on s’aperçut, à l’usage, que le procédé comportait plus d’inconvénients que d’avantages. 

L’entrée de service de l’usine municipale de Javel en 1909, à  l’angle de la rue Cauchy - à gauche, vers la Seine - et de la rue Balard, en cours de percement, dont le tronçon le plus récent vient provisoirement buter sur la rue des Cévennes, au fond à droite (cliché BHdV)