L'USINE À GAZ DE VAUGIRARD

(Michel DEBONNE/bulletin n°17)

1835. A Vaugirard, c'est la fronde. Les cris, les menaces, les pétitions se succèdent contre la construction d'une usine à gaz. On dit que le feu des fours risque de provoquer des explosions, que les émanations de gaz flétriront les cultures des marais voisins. Le maire lui-même qui se réjouissait de cette construction, s'est mis en retrait, soutient les récriminations de ses administrés et feint de regretter d'avoir autorisé le projet de la Compagnie française d'éclairage par le gaz. Celle-ci, qui possède déjà une usine faubourg Poissonnière qui assure l'éclairage du hall de l'hôpital Saint-Louis et celui des réverbères des Grands boulevards et de l'Opéra, ambitionne maintenant de s'implanter sur la rive gauche où aucun quartier n'est encore éclairé au gaz. Ce terrain de Vaugirard doit lui en donner le moyen d'y parvenir. Mais ce ne sera pas sans mal. 
En réponse aux accusations, les dirigeants de la Compagnie publient un texte largement diffusé dans lequel ils réfutent chacune des allégations: fumées toxiques, dangers d'incendie, influence néfaste sur la végétation. Ils publient les déclarations de trente voisins de l'usine à gaz que la Compagnie possède à Rouen, qui s'étaient, eux aussi, opposés à sa construction et qui déclarent aujourd'hui qu'il n'y a ni fumée, ni émanation; qu'ils n'éprouvent aucun inconvénient même dans le proche voisinage. Enfin, véritables précurseurs en relations publiques, les dirigeants font admirer aux plus violents protestataires de Vaugirard les magnifiques rosiers qui entourent l'usine à gaz du Luxembourg et les belles cultures des jardins qui environnent celle du faubourg Poissonnière. Moins d'un an plus tard, en 1836, l'usine à gaz de Vaugirard est construite, les 38 premiers ouvriers embauchés; la production peut commencer'
L'usine à gaz de Vaugirard connut par la suite de nombreuses réussites : l'alimentation des premiers réverbères de la rive gauche, ceux de la rue Lourmel, la fourniture du gaz pour quelques ballons qui portèrent le courrier vers la province durant le Siège de Paris, l'approvisionnement en gaz d'éclairage des immeubles jusque dans les appartements. Sans, heureusement, que se produisent les catastrophes tant redoutées.
Mais elle causa également bien des nuisances, tant par l'incessant passage des tombereaux qui lui livraient le charbon depuis la gare et le port de Grenelle, que par l'émanation d'une âcre odeur de souffre et d'ammoniaque qui empestait le quartier. 
En 1909, le Conseil municipal de Paris, sachant que la production des autres usines de la Compagnie suffisait aux besoins publics et privés, décida de récupérer le vaste terrain loué à la Compagnie du gaz. Sa place est occupée aujourd'hui par le square Saint-Lambert, les immeubles qui l'entourent et le lycée Camille Sée.

Vue générale de l'usine à gaz de Vaugirard avant 1900

(cliché Musée des Arts et Métiers)