LES USINES CAIL À GRENELLE

(Michel DEBONNE/Bulletins n°13 - 14)

Prodigieuse destinée que celle de Jean-François Cail. Un apprentissage en chaudronnerie, un tour de France et en 1824, âgé de 20 ans, il entre dans les ateliers Derosne à Passy qui fabriquent des appareils de distillation. Vite apprécié pour ses qualités professionnelles et son intelligence, le jeune mécanicien s'élève dans la hiérarchie ce qui lui permet d'ajouter à la fabrication des appareils de distillation celle des machines à vapeur produisant des forces motrices. Les bons résultats renforcent l'amitié et la confiance de son patron qui en fait son associé.

A la mort de Derosne en 1846, J.F. Cail reste seul propriétaire. Il emploie 1.500 ouvriers. Mais les ateliers de Passy sont devenus trop petits pour correspondre à son ambition. Il les transporte sur la rive gauche de la Seine, quai de Grenelle, leur adjoignant une importante forge et une chaudronnerie. Il y fabrique successivement des locomotives, des ponts métalliques, des machines-outils. Le nombre d'ouvriers a doublé. Les "Cails" animent et font largement vivre le quartier de Grenelle.

Durant la guerre de 1870, Cail fournit au gouvernement de défense nationale un train blindé, des canons, des canonnières. De nombreux "Cails" s'engagent dans les bataillons de la XVe légion de la garde nationale. 
Lui-même ne connaîtra pas la fin de la guerre et la défaite de la Commune: il meurt le 22 mai 1871, laissant à ses successeurs la plus importante entreprise métallurgique de la région parisienne qu'ils ne sauront pas garder. Cédant à la spéculation foncière, les actionnaires cupides préféreront vendre les 8 hectares qu'elle occupe. Plus tard, sur ce site, André Citroën construira une autre usine. C'est encore une histoire industrielle, tout aussi passionnante et prodigieuse.