L'ÉPOPÉE  DE  LA FAMILLE  PEIGNOT

(Jacques Couvreur/28)

À la tête de la fonderie qu'elle a créée puis gérée pendant un siècle (1867 – 1974) la famille Peignot a écrit une page irremplaçable de l'histoire de la typographie et de l'imprimerie en France. À chacune des quatre générations de cette période a émergé une personnalité qui a laissé son empreinte. C'est d'abord Clémentine issue d'une famille d'une grande pauvreté, veuve à 37 ans, qui a en quelque sorte fondé l'entreprise en révélant des capacités incroyables de gestionnaire. Elle a préparé la voie à son fils Gustave, industriel talentueux, qui, par sa gestion et la promotion de techniques nouvelles, a assuré l'expansion importante de la fonderie. Son fils Georges a suivi qui s'est révélé un grand novateur par la découverte de nouveaux caractères, qui peut être considéré le père de la typographie et de l'imprimerie dans l'Art nouveau et qui racheté la firme Didot, un autre nom prestigieux de la typographie. C'est enfin Charles, issu de la quatrième génération, qui s'est illustré dans l'édition d'art, une activité malheureusement peu compatible avec l'entreprise qui n'a pas résisté devant les progrès de la photocomposition moderne.
Georges et trois de ses frères, André, Lucien et Rémy ont disparu pendant la Grande guerre. On a voulu perpétuer leur sacrifice par le patronyme d'une voie du XVème arrondissement, la rue des Quatre frères Peignot, située symboliquement dans le prolongement de la rue Gutenberg, face à l'Imprimerie nationale.